Nos aïeux parlaient avec des plaies gravées dans la chair,
Des corps en cage, des vies pillées, des cris noyés dans la mer.
On a fait de leur peau un marché, de leur souffle un adage,
Travailler, plier, encaisser, survivre enfermé dans la cage.
Ils ont voulu nos bras sans nos noms, nos dos sans nos regards,
Mais la rage est restée vivante, dissimulée quelque part.
Sous les fouets, sous les lois, sous les dieux rendus pieux,
La mémoire s’est faite braise, héritée de nos aïeux.
Héritier de nos aïeux.
Héritée de nos aïeux, la dette comme une arme,
Libres mais condamnés à payer, liberté sous alarme.
Ils ont blâmé nos révoltes, taxé nos victoires,
Indemnisé les bourreaux, effacé nos mémoires.
On nous a dit : baisse la tête, avale, fais profil bas,
Mais chaque mot qu’on ravale devient feu dans nos pas.
La flamme grimpe la gorge, refuse de rester sage,
Parce qu’un peuple en colère ne rentre plus dans la cage.
Ne rentre plus dans la cage.
Ne rentre plus dans la cage, maintenant on parle en feu,
Chaque phrase est une arme, chaque souffle est un aveu.
On crache la vérité brute, sans masque, sans maquillage,
Notre voix n’est pas un luxe, c’est un acte, c’est un saccage.
On ne mendie plus l’écoute, on l’arrache à mains nues,
Car le silence imposé nous a trop longtemps tenus.
Quand Haïti se relève, droite, fière, courageuse,
Le monde tremble à l’idée d’une parole dangereuse.
D’une parole dangereuse.






